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NISSONOLOGIE
OU SCIENCE DES ÎLES
/ ABRAHAM MOLE (1982)
On doit à Abraham
Moles (sociologue) le néologisme de "nissonologie"
qu'il créa pour qualifier la science des îles (en 1982,
Nissonologie ou science des îles, L'espace géographique,
Vol.11 N° 4, pp.281-289, Paris) comme un cahier des charges
psychlogique des îles. Abraham Moles (1920-1992) est ingénieur
en électricité et en acoustique, docteur en physique et
en philosophie. Il a enseigné la sociologie, la psychologie,
la communication, le design ... à la Hochschule für Gestaltung
d'Ulm et dans les universités de Strasbourg, San Diego, Mexico,
Compiègne,...
AbrahamMoles et Élisabeth
Rohmer ont contribué dès 1966 à la fondation d'un
courant de recherche connu aujourd'hui sous l'intitulé général
de "psychologie de l'environnement".
Leur approche originale prolonge les réflexions de Heidegger
et Bachelard vers une analyse phénoménologique du cadre
de vie de l'humain et de ses actions dans ce cadre. La théorie
de l'espace présentée dans ce livre se caractérise
par son aspect multidimensionnel, allant de la poétique à
la géographie, en passant par la psychologie, la sociologie,
l'écologie, etc. Ces ramifications correspondent à autant
de points de vue possibles sur l'espace, autant de phénoménologies
nécessaires.
L'espace existe certes en référence à un sujet
qui perçoit l'environnement autour de lui, mais l'espace existe
aussi par ce qui le remplit, le structure et en modifie la perception.
L'espace est source de comportements; mais également champ de
valeurs; il est parsemé de repères et peut être
appréhendé comme une quantité à consommer.
Enfin, l'espace peut s'envisager comme une métaphore du système
social. Ce livre permet de saisir la pluralité du regard nécessaire
à l'élaboration d'une psychosociologie de l'espace, à
partir de cette position caractéristique de la phénoménologie
: le point de vue d'un être isolé, qui éprouve l'espace,
les personnes, les objets et la société autour de lui.
Extrait choisi du livre d'Abraham
Moles et Élisabeth Rohmer,
« Labyrinthes du
vécu », Paris : Librairie des Méridiens, 1982,
sur la NISSONOLOGIE OU SCIENCE DES ÎLES.
Pages 47-66 :
« Une île est un espace entouré
d'eau de tous côtés » : telle est la définition
du dictionnaire. C'est là une structure topologique bien définie
pour le géographe. Le milieu des eaux n'est pas propice directement
à la vie humaine, qui se développe sur la Terre. C'est
donc un territoire fermé par une frontière : l'espace
de l'Océan ou du Lac, qui constitue l'environnement de l'Île,
un espace qu'on aura à traverser sans y séjourner. On
séjourne dans l'île, on séjourne sur le continent
mais on passe en bateau dans le milieu marin. Une frontière fermée
et évidente à la perception de l'être est proposée
au départ.
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Les hommes des îles vivent dans des frontières
sûres et naturelles ; ce sont des frontaliers (Grenzgebiete) et
en ceci ils contrastes avec d'autres types d'hommes ayant eu d'autres
formes de développement : l'homme des steppes, l'homme du désert,
l'homme du continent.
L'île est donc un « contour »
- au sens de la Gestalt - contour qui s'épanche dans l'espace,
dans la surface terrestre. Ses limites sont imposées à
l'attention, elles sont des« ruptures comportementales »,
des ruptures de la continuité de conscience de l'être puisqu'il
doit nécessairement les franchir pour connaître quelque
chose d'autre. C'est le cas de l'enfant né dans une île
et qui s'en va dans le vaste Monde. Il doit en tout cas voir les limites,
donc les percevoir.
La forme implique le fond; L'île implique
l'eau : la mer ou le lac ; la force d'une forme est liée à
la force du contour et à sa centralité dans le champs
de la perception.
(...)
L'Etat est un concpt continental, l'île est
un concept local ; l'île est Communauté et le continent
Société ; l'existence des îles est en soi attentatoire
à l'autorité de l'Etat.
(...)
Le rêve de l'île, la nissonostalgie
est une composante dialectique de la vie terne. « Quand le monde
est gris, tirez-vous » dit une publicité des années
80.
(...) L'île déserte est en soi un
mythe autonome. Il n'y a pas de loi - on peut y faire ce qu'on veut
- C'est dans l'île déserte que se situent les romans de
la transgression , de l'érotisme et du pouvoir, de la philosophie
et de l'amour, Zarathoustra s'incarnait aux Îles Borromées
sous la plume de Nietzsche, de même que l'amour parfait du frère
et de la sœur était situé par Robert Musil dans le
couvent abandonné d'une île Dalmate.
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