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MYTHOLOGIE DE LA SAUDADE / EDUARDO LOURENÇO (1997)

Réédition sous le titre Mythologie de la saudade. Essais sur la mélancolie portugaise, traduit du portugais par Annie de Faria. Éditions Chandeigne, « Lusitane », 1997. Il est articulé en trois parties : Mélancolie portugaise, Saudade et histoire et Saudade et littérature. La saudade, sentiment intraduisible et si proprement portugais, est une sorte de mélancolie doublée d’un inconfort face à la réalité, depuis longtemps vue comme fort indépendante des aspects contingents de notre existence. Ce livre est une présentation d’une mythologie du monde lusophone.

Eduardo Lourenço, né en 1923, est essayiste, philosophe portugais, professeur de langue et de littérature portugaises dans plusieurs universités étrangères. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages (un tiers écrits en français) sur l’histoire de l’identité et de la littérature du Portugal, parmi lesquels Le labyrinthe de la saudade (1987), Pessoa, l’étranger absolu (1990), Mythologie de la saudade (1997) et Camões (2002). Il a publié également des livres sur l’Europe dont L’Europe introuvable, jalons pour une mythologie européenne (1991)

Citations choisies :

Page 7 :

L'un des traits les plus connus des Portugais est leur aptitude à se fondre dans le paysage. Leur étrangeté est, à tous les titres, indécelable. Eux-mêmes ne peuvent en rendre compte. Ils font corps avec leur étrangeté, car ils ne peuvent la percevoir à partir d'une quelquonque extériorité, même imaginaire.

Page 8 :

Il serait absurde de prétendre qu'un peuple parmi d'autres, un petit peuple qui plus est, ait échappé à ce maelström que nous nommons l'Histoire. Pourtant, fuir le destin commun et s'installer, on ne sait par quelle aberration ou miracle, à l'écart du monde, c'est un peu ce que le peuple portugais a toujours fait. Le Portugal se vit "au-dedans", dans une sorte d'isolement sublimé, tout en se montrant "au-dehors" comme l'exemple même des peuples à vocation universelle, allant jusqu'à disperser son corps et son âme dans le monde entier. C'est l'image de Camões que tous les portugais connaissent par coeur.

Page 11 :

Un tel peuple, à l'aise partout dans le monde comme s'il était chez lui, en fait ne connaît pas vraiment de frontières car il n'a pas d'extérieur. Comme s'il était à lui seul une île-monde, ou, Dom Sebastien de lui-même, il attendrait un retour toujours différé, en rêvant à sa vie antérieure.

Page 14 :

Le Portugal, d'abord immergé avec douceur dans le monde, naturellement et surnaturellement merveilleux, était devenu île-saudade. Un lien sans extérieur ou il lui était impossible de distinguer la réalité du rêve.

(...)

Avec la saudade, nous ne récupérons pas seulement la passé comme paradis perdu ou menacé de perte ; nous l'inventons.

Page 15 :

Dans leur île-saudade, à la fois île des morts et île des amours, comme les enfants, ils ignorent la mort.