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| L’Ile déserte et autres textes (1953-1974) de Gilles Deleuze est une édition préparée par David Lapoujade Collection « Paradoxe », 416 pages de 2002. Publication du texte
écrit en Tunisie en 1967 : Gilles Deleuze est un philosophe français né à Paris le 18 janvier 1925. Il est d'abord professeur de philosophie dans un lycée avant d'être nommé assistant à la Sorbonne en 1957. En 1960, il est chargé de recherche au CNRS puis poursuit sa carrière de professeur dans plusieurs universités. Il fait coïncider exemplairement vie, pensée et enseignement. C'est en apportant un regard neuf sur l'histoire de la philosophie et de la littérature qu'il se distingue. Il participe ainsi avec Michel Foucault à un rajeunissement de la philosophie universitaire. Parallèlement, il collabore avec le psychiatre Felix Guattari à une critique de la psychanalyse avec L'Anti-Oedipe en 1972. S'attachant à l'analyse de tous les champs du savoir institutionnel, il consacrera également des ouvrages à l'étude du cinéma et de la peinture. Son style philosophique s'applique à l'analyse esthétique dans 'L'Image-Mouvement' en 1983, et 'L'Image-Temps' en 1985. Il souligne l'importance d'une métaphysique en perpétuel mouvement et suggère d'approcher les problèmes comme des 'multiplicités dispersées'. Il se donne la mort en 1995. Extrait choisi : Rêver des îles, avec angoisse ou joie peu importe, c’est rêver qu’on se sépare, qu’on est déjà séparé, loin des continents, qu’on est seul et perdu – ou bien c’est rêver qu’on repart à zéro, qu’on recrée, qu’on recommence. Il y avait des îles dérivées, mais l’île, c’est aussi ce vers quoi l’on dérive, et il y avait des îles originaires, mais l’île, c’est aussi l’origine, l’origine radicale et absolue. Séparation et recréation ne s’excluent pas sans doute, il faut bien s’occuper quand on est séparé, il vaut mieux se séparer quand on veut recréer, reste qu’une des deux tendances domine toujours. Ainsi le mouvement de l’imagination des îles reprend le mouvement de leur production, mais il n’a pas le même objet. C’est le même mouvement, mais pas le même mobile. Ce n’est plus l’île qui est séparée du continent, c’est l’homme qui se trouve séparé du monde en étant sur l’île. Ce n’est plus l’île qui se crée du fond de la terre à travers les eaux, c’est l’homme qui recrée le monde à partir de l’île et sur les eaux. |
L’homme reprend donc à son compte l’un et l’autre des mouvements de l’île, et peut l’assumer sur une île qui n’a justement pas ce mouvement : l’on peut dériver vers une île pourtant originelle, et créer dans une île seulement dérivée. A bien réfléchir, on trouvera là une nouvelle raison pour laquelle toute île est et reste théoriquement déserte. Ce texte ci-dessous
est extrait de « Rhizome », titre de l’introduction
du livre de Gilles Deleuze et Félix Guattari Mille Plateaux,
Capitalisme et schizophrénie 2, paru aux Éditions de Minuit
en 1980. Pages 30 et 31 : |
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