~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~

PHILOSOPHIE GRAPHIQUE DU SITE INTERNET NISSOLOGIE
« A CIRCUIT BENDING SPACE »
/ SONIA MARQUES (2007)


<<

Je voulais que le graphisme induise la philosophie pratiquée à Seuqramainos, convaincue que la philosophie n’est pas faite de concepts raisonnés mais aussi synchronisée de formes et de sons, du plaisir et de la sensibilité de celui, ou celle, qui la pense. Aujourd’hui, la philosophie est, plus qu’hier, faite d’électricité. Nous sommes des êtres pensants, oui mais déjà des machines, des cyborgs et la cybernétique a implanté ses systèmes dans notre chair, nos esprits, nos façons de penser, d’agir, d’aimer, de communiquer, de séduire. L’humain s’en va. La philosophie n’est plus, pour ma part, un domaine unique et réservé, il s’est métissé avec l’art et l’informatique. Ainsi le Red, le Green et le Blue, la triade des couleurs de l’écran, RGB, sont aussi devenus des concepts philosophiques. Elles nous donnent la lumière, le blanc qui tient éveillé nos yeux la nuit, captifs face à l’écran.

COULEURS/

Je joue avec les différentes possibilités d’affichage.

- Si l’on considère les images en « 24 bits » ou en « couleurs vraies ». Le nombre de couleurs différentes pouvant être ainsi représenté est de 256 x 256 x 256 possibilités, soit près de 16 millions de couleurs ! Comme la différence de nuance entre deux couleurs très proches mais différentes dans ce mode de représentation est quasiment imperceptible pour l'œil humain, on considère commodément que ce système permet une restitution exacte des couleurs, c'est pourquoi on parle de « couleurs vraies ».
- Si l’on considère les « images à palette », « images en 256 couleurs », en « 8 bits », elles réduisent la place occupée par l'information de couleur, car nous utilisons alors une palette de couleurs « attachée » à l'image. On parle alors de « couleurs indexées » Selon le nombre de couleurs présentes dans l'image, on peut ainsi gagner une place non négligeable : on considère en pratique que 256 couleurs parmi les 16 millions de couleurs 24 bits sont suffisantes.
J’utilise parfois la couleur piochée dans les 256 « essentielles » ce qui donne une esthétique minimale ou « 8 bit » et parfois j’utilise des couleurs piochée dans les 16 millions possibles des « couleurs vraies », ce qui forme l’aspect hybride du site.

La technologie nous applique à utiliser un nouveau langage, même dans la philosophie ;-.) Gille Deleuze aurait été ravi d’être initié par ces langages de colorimétrie, je nous aurions des visuels philosophiques détonants ! Regardons autour de nous, c’est déjà le cas.

Si le marketing ne s’est pas gêné pour utiliser des concepts philosophiques, les artistes ont aussi intégré ceux-ci et les philosophes… Si j’étais reconnue philosophe ce serait par la couleur, ce serait abstrait, difficile aussi à atteindre, mais il y aurait du plaisir associé à cette philosophie contaminante. Les sons, aussi des couleurs, diffuseraient leurs textures par vibrations et entreraient directement dans notre corps. Ils modifieraient notre humeur et en y pensant un peu plus, notre façon de penser. Tout cela est ce que nous vivons au quotidien.

FORME MULTIPLE/

Il y a de multiples fragments dans les écrans du site de Nissologie, qui, pour certain, sont des décors, des papiers-peint, des motifs, des répétitions, des formes générées aléatoires. Il y a un rapport franc entre la finesse des motifs (des petits monstres, ou des têtes de mort en surgissent parfois) ce que j’appelle « les décors » du site, et entre la force du trait graphique noir de la forme générée, qui ressemble à des contours d’îles. Ce rapport frontal est comme une île, la terre isolée confrontée à l’immensité de l’eau qui l’encercle.
Cette forme a été conçue à partir de mes premières recherches sur le site de Seuqramainos sur lequel une épicycloïde crée avec le langage javascript était généré à chaque actualisation de page. Cette forme hypertextuelle, cette courbe cycloïdale m’a beaucoup plu car elle se transformait elle-même et donnait d’autres courbes à partir d’un centre invisible ou imaginaire. Cette forme épycicloïdale, mathématique, était la forme parfaite d’une île hypertextuelle pouvant diriger vers de multiples autres page en langage HTML par les liens qu’elle comportait.
Le mot épycicloïde est une extension de cycloïde, inventé en 1599 par Galilée, et a la même étymologie : il vient du grec epi (sur), kuklos (cercle, roue) et eidos (forme, « semblable à »). J’ai toujours été fascinée par cette forme car elle parlait du mouvement des planètes dans le ciel. Les astronomes rencontrent souvent l'épicycloïde dans leur étude des mouvements célestes, lorsqu'ils simplifient les orbites ellipsoïdales en orbites circulaires. Cela a participé du côté ésotérique du site. Je la dois aussi à nos expérimentations du code dans le texte avec le collectif d'artistes Téléférique (créé en 1999).

Pour Nissologie, j’ai repris ce code et je l’ai adapté afin que l’épicycloïde devienne un élément graphique plus fort, prononcé, visible et imposant. Je voulais qu’elle puisse s’autogénérer avec des mots différents, des caractères, des typographies. J’ai ensuite procédé à des choix en agençant ces formes générées sur différents fonds, eux-mêmes générés aléatoirement. J’aimais bien l’aspect « cryptographique » que cela donnait, l’extrême illisibilité ou l’esthétique très picturale et gestuelle des courbes parasitées par les caractères. Les fonds sont composés d’éléments graphiques isolés, de rayures colorées, de fractales, de motifs répétés. La culture des azulejos portugais, l’ « azulejaria », ces carreaux de céramiques azul, bleus, m’a toujours inspiré. Ces revêtements créent des intérieurs fantastiques et sont souvent exposés à l’extérieur des habitations, animant le paysage urbain de vibrations lumineuses et colorées.

>>