~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~^~ |
||
|
ECRAN/ Un site Internet est d’abord vu sur un écran, un format rectangulaire allongé. Dans le cas précis du format du site Internet http://www.nissologie.net, la résolution optimale pour laquelle a été créé le site est de 1024 x 768 pixels (soit 786432 pixels en tout sur l’écran) L'écran est recouvert d'une fine couche d'éléments phosphorescents, appelés luminophores, émettant de la lumière par excitation lorsque les électrons viennent les heurter, ce qui constitue un point lumineux appelé « pixel ». Donc, pour visionner ou se plonger dans un site Internet, nous regardons une fenêtre de pixels. Ce sont ces éléments qui réfléchissent les informations, les couleurs, les formes et les données numériques du site. ÉLECTRIQUE/ Nous sommes devant un écran qui nous attire dedans. C’est déjà un paradoxe intéressant, qu’une surface plane nous invite, par la participation interactive, les clics sur les liens et les images, à plonger dans un autre « environnement », le « virtuel ». Nous sommes devant l’évidence de cet autre environnement et même de ce monde parallèle puisque cela prend du temps. Ce temps n’a plus de temps. D’un écran lumineux qui fonctionne grâce à l’électricité, entre autres, nous passons à l’immersion dans un monde parallèle au monde réel, avec son propre temps, ses identités, ses publicités. Notre propre projection dans ce monde en est altérée, modifiée, adaptable, nous devenons « autres » au pluriel, des multiples de soi. Tout comme un écrivain invente des personnages, nous devenons des personnages parce que nous nous inventons « autres ». Pour revenir à l’écran, au format rectangulaire, pour le site Internet de Nissologie, mon choix s’est fait, partant du principe qu’il y aurait de multiples écrans derrière l’écran. Que les pages, à partir d’un même écran pouvaient être générées, sans quitter la base du site. ARIDE/ J’avais construit, avec l’île de Seuqramainos sur Internet, un environnement labyrinthique, sans guide ni menu, sans retour souvent, une île où se perdre. D’autant plus qu’elle n’était pas indiquée, localisée sur les moteurs de recherche pendant ses premières années de réflexion. Cela rendait sa rencontre plus hasardeuse, comme trouver un trésor ou tomber dans un puit sans fond. Le fond, car cette île n’avait que du fond, ou presque. |
Elle a été conçue comme une alternative aux sites internet, qui s’affichaient sur le mode publicitaire. Une sorte d’atelier, laboratoire où s’est construit une pensée en réseau, des écrits hypertextuels liés les uns aux autres dont la raison ne fédère pas la philosophie, mais où le sensible écrit sa propre topographie. C’était comme trouver un « abandonware », un logiciel abandonné, par son éditeur, qui n’est plus en vente, orphelin, en l’occurrence, son éditrice. Seuqramainos vue comme un logiciel de mes pensées essaimées dans l’océan du réseau. Philosophiquement, j’ai pensé à l’abandon avant la découverte. Ou bien, j’ai découvert un lieu, qui pour moi était déjà voué à l’abandon puisque volontairement je ne l’ai pas rendu visible. J’ai pensé la perte, le manque, la disparition en inventant cette île virtuelle avant toute immersion dans les esprits. Cet engloutissement des idées, de la pensée a pourtant été salvateur pour celles-ci. Les pensées ont pu naviguer et déjouer les nomenclatures, les repères, les définitions, les rapides effets d’annonces empruntant paradoxalement un média, Internet, qui accélère la médiatisation, spamme, facilite les accès, la communication. Donc le choix de la séparation, la difficulté d’accès, cette discrétion, étaient provoqués par l’engagement conceptuel, certes aride, d’une artiste, certes isolée, insulaire. Dans ce terrain difficile, je recherchais les efforts intellectuels qui allaient ainsi rendre féconds mes idées, ou du moins, déclencher les possibles. Il n’y avait rien et tout était possible. Le temps, la résistance, la perte de temps, l’arraisonnement et les résonances multiples, tout pouvait apparaître et disparaître en un « crash disk » (ce qui arriva), une coupure d’électricité. Mais la pensée, elle, aurait, dans tous les cas, vaqué un peu plus librement qu’ailleurs. ÉMERGER/ Pour le site Nissologie, sans nostalgie aucune, ni entropie, j’ai voulu, à l’inverse, afficher, tout afficher, rendre lisible, visible, guider, mettre les touches aux bons endroits, les plus simples. Aller à l’essentiel et préférer « le peu accessible », voire simpliste, intuitif, jouissif au « trop non-accessible ». Mais en fin de compte, cela revient au même. Tous ces écrans ne donnent pas plus accès au fond, ils ne restent qu’écrans. Avec l’île de Seuqramainos ,nous étions au fond, en plongée toujours dans des fonds sous-marins, en profondeur et il fallait s’immerger pour comprendre et se laisser dériver, frôler l’espace de la folie. La forme ne donnait pas accès aux choses, les choses se rendaient volontairement invisibles, il n’y avait pas d’emprise, une île. L’architecture seuqramainossienne composée de jeux de mots et d’un langage singulier ne se découvrait qu’au fil de la lecture navigante et des liens effectués, des associations de mots entre eux. Je mets tout au passé, mais l’île est toujours là, l’impermanence des idées aussi. Nissologie est un site « à propos des îles », mais il n’est pas une île, quoique l'avenir le dira. Localisé, localisable, accessible, parfois pédagogique, comme il est édition graphique, la forme est le fond et comme nous ne sommes que face à des écrans, les écrans sont aussi le fond. |
|
![]() |
||
![]() |
||