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TAZ
/ HAKIM BEY (1984)
TAZ
est un livre d'Hakim Bey de 1984 (TAZ, Temporary Autonomous Zone), en
français Zone Autonome Tempora ire. Edition originale Autonomedia,
1991, Edition française Éditions de l'Éclat,
1997. La TAZ ne se définit pas. Des "Utopies pirates"
du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle,
elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant"
pour mieux échapper aux Arpenteurs de l'Etat. Elle occupe provisoirement
un territoire, dans l'espace, le temps ou l'imaginaire, et se dissout
dès lors qu'il est répertorié. La TAZ fuit les
TAZs affichées, les espaces "concédés"
à la liberté : elle prend d'assaut, et retourne à
l'invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et
l'Histoire, une tactique de la disparition. Le terme s'est répandu
dans les milieux internationaux de la "cyber-culture", au
point de passer dans le langage courant, avec son lot obligé
de méprises et de contresens. La TAZ ne peut exister qu'en préservant
un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles
"apparaissent" ici et là, libres de droits, sous forme
de livre ou sur le Net, mouvants, contradictoires, mais pointant toujours
quelques routes pour les caravanes de la pensée.
Texte à lire
en ligne en intégral :
http://taz.lasile.info/TAZ/taz.htm
Peter Lamborn Wilson
dit Hakim Bey (signifiant « M. le Juge » en turc),
né à New York en 1945, est un écrivain politique
et poète se qualifiant d'« anarchiste ontologiste ».
Il est connu pour ses théories au sujet des TAZ
et ses incitations au terrorisme poétique. Il se peut que Hakim
Bey soit une identité partagée par plusieurs auteurs à
tendance anarchiste, dont Wilson. L'objectif étant de mettre
en avant leurs idées, et non pas l'auteur. Bey a influencé
certains auteurs de science-fiction cyberpunk comme Bruce Sterling dans
"Islands on the Net". Politiquement, les théories
de la TAZ se sont propagées dans les universités françaises
lors du mouvement d'opposition au CPE de 2006. Les manifestations spontanées
et éphémères ainsi que les occupations festives
et ciblées se sont avérées particulièrement
efficaces pour que le mouvement reste dynamique.
Extrait choisis :
Les Utopies Pirates
Au XVIIIe siècle les pirates et les corsaires créèrent
un «réseau d’information» à l’échelle
du globe: bien que primitif et conçu essentiellement pour le
commerce, ce réseau fonctionna toutefois admirablement. Il était
constellé d’îles et de caches lointaines où
les bateaux pouvaient s’approvisionner en eau et nourriture et
échanger leur butin contre des produits de luxe ou de première
nécessité. Certaines de ces îles abritaient des
«communautés intentionnelles», des micro-sociétés
vivant délibérément hors-la-loi et bien déterminées
à le rester, ne fût-ce que pour une vie brève, mais
joyeuse.
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y a quelques années, j’ai examiné pas mal de documents
secondaires sur la piraterie, dans l’espoir de trouver une étude
sur ces enclaves – mais il semble qu’aucun historien ne
les ait trouvées dignes d’être étudiées
(William Burroughs et l’anarchiste britannique Larry Law en font
mention – mais aucune étude systématique n’a
jamais été réalisée). J’en revins
donc aux sources premières et élaborai ma propre théorie.
Cet essai en expose certains aspects. J’appelle ces colonies des
«Utopies Pirates».
Récemment Bruce Sterling,
un des chefs de file de la littérature Cyberpunk, a publié
un roman situé dans un futur proche. Il est fondé sur
l’hypothèse que le déclin des systèmes politiques
génèrera une prolifération décentralisée
de modes de vie expérimentaux: méga-entreprises aux mains
des ouvriers, enclaves indépendantes spécialisées
dans le piratage de données, enclaves socio-démocrates
vertes, enclaves Zéro-travail, zones anarchistes libérées,
etc. L’économie de l’information qui supporte cette
diversité est appelée le Réseau; les enclaves sont
les Iles en Réseau (et c’est aussi le titre du livre en
anglais: Islands in the Net).
Les Assassins du Moyen Âge fondèrent un «État»
qui consistait en un réseau de vallées de montagnes isolées
et de châteaux séparés par des milliers de kilomètres.
Cet État était stratégiquement imprenable, alimenté
par les informations de ses agents secrets, en guerre avec tous les
gouvernements, et son seul objectif était la connaissance. La
technologie moderne et ses satellites espions donnent à ce genre
d’autonomie le goût d’un rêve romantique. Finies
les îles pirates! Dans l’avenir, cette même technologie
– libérée de tout contrôle politique –
rendrait possible tout un monde de zones autonomes. Mais pour le moment
ce concept reste de la science-fiction – de la spéculation
pure.
Nous qui vivons dans le présent, sommes-nous condamnés
à ne jamais vivre l’autonomie, à ne jamais être,
pour un moment, sur une parcelle de terre qui ait pour seule loi la
liberté ? Devons-nous nous contenter de la nostalgie du passé
ou du futur? Devrons-nous attendre que le monde entier soit libéré
du joug politique, pour qu’un seul d’entre nous puisse revendiquer
de connaître la liberté? La logique et le sentiment condamnent
une telle supposition. La raison veut qu’on ne puisse se battre
pour ce qu’on ignore; et le cœur se révolte face à
un univers cruel, au point de faire peser de telles injustices sur notre
seule génération.
Dire : «Je ne serai pas libre tant que tous les humains (ou toutes
les créatures sensibles) ne seront pas libres» revient
à nous terrer dans une espèce de nirvana-stupeur, à
abdiquer notre humanité, à nous définir comme des
perdants.
Je crois qu’en extrapolant à partir d’histoires d’«îles
en réseau», futures et passées, nous pourrions mettre
en évidence le fait qu’un certain type d’«enclave
libre» est non seulement possible à notre époque,
mais qu’il existe déjà. Toutes mes recherches et
mes spéculations se sont cristallisées autour du concept
de «zone autonome temporaire» (en abrégé TAZ,
désormais). En dépit de la force synthétisante
qu’exerce ce concept sur ma propre pensée, n’y voyez
rien de plus qu’un essai (une «tentative»), une suggestion,
presque une fantaisie poétique. Malgré l’enthousiasme
ranteresque1 de mon langage, je n’essaie pas de construire un
dogme politique. En fait, je me suis délibérément
interdit de définir la TAZ – je me contente de tourner
autour du sujet en lançant des sondes exploratoires. En fin de
compte, la TAZ est quasiment auto-explicite. Si l’expression devenait
courante, elle serait comprise sans difficulté... comprise dans
l’action.
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