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MANIFESTO
ANTROPOFÁGICO / OSWALD DE ANDRADE (1928)
Fondé par le
poète et agitateur Oswald de Andrade à la fin des années
vingt, l'«Anthrophagie» se présente comme un courant
du modernisme brésilien où le but premier est la recherche
d'une identité nationale originale, qui passe par la réappropriation
des cultures autochtones et métisses. L'Anthropophagie culturelle
est ainsi proposée comme une dévoration rituelle des idées,
des techniques, ou encore des gens venus d'aillleurs qui assimile les
qualités de l'autre tout en rejetant ses défauts. L'Anthrophagie
critique l'impérialisme, l'hégémonie, et la conception
occidentale et chrétienne de l'histoire. Elle propose en contrepartie
une vision circulaire du monde où le passé mythique se
trouve transfiguré par le futur technologique. Le Manifesto
Antropofago de 1928 prescrit ses règles de consommation
: dans une volonté d'ouverture à l'autre, tout doit être
mangé, le bon comme le mauvais. Pas de xénophobie, pas
de ségrégration, pas d'essentialisme, l'Anthropohagie
est intégrative : on mange ce qui est bon afin d'en assimiler
vertus et qualités et on mange aussi ce qui déplaît,
le plus rapidement possible, afin de l'éliminer dans le processus
digestif. Le mouvement Antropofagia se nourrit des écrits des
récits de voyage des explorateurs de la nouvelle Amérique,
de Montaigne, de Nietzche, Marx, Engels, Freud, etc. Très proche
de l'Art nègre de Senghor, il entretient d'étroites relations
avec les courants artistiques et intellectuels européens communistes,
futuristes, dadaïstes, et surréalistes des années
1920. Il traverse l'histoire de l'art et se nomme aujourd'hui post-modernisme,
tropicalia, hip hop et nouveaux médias.
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Manifeste Anthropophage
(traduit du portugais)
Seule l'anthropophagie nous unit. Socialement. Economiquement.
Philosophiquement.
Unique loi du monde. Expression masquée de tous les individualismes,
de tous les collectivismes. De toutes les religions. De tous les traités
de paix.
Tupi, or not tupi that is the question.
Contre toutes les catéchèses. Et contre la mère
des Gracques.
Seul m'intéresse ce qui n'est pas mien. Loi de l'homme. Loi de
l'anthropophage.
Nous sommes fatigués de tous les maris catholiques suspicieux
mis en drame. Freud en a fini avec l'énigme femme et les autres
frayeurs de la psychologie imprimée.
L'obstacle à la vérité, c'était le vêtement,
l'imperméable entre le monde extérieur et le monde intérieur.
Réagir contre l'homme vêtu. Le cinéma américain
informera.
Fils du soleil, mère des vivants. Trouvés et aimés
férocement, avec toute l'hypocrisie des souvenirs, par les immigrés,
par les trafiqués et les touristes. Au pays du grand serpent.
C'est pourquoi nous n'avons jamais eu de grammaire, ni collectionné
les herbiers. Et nous n'avons jamais su ce qui était urbain,
suburbain, frontalier et continental. En flemmardant sur la mappa mundi
du Brésil.
Une conscience participante, une rythmique religieuse.
Contre tous les importateurs de conscience en boite. L'existence palpable
de la vie. Et la mentalité prélogique pour les études
de M. Lévy-Bruhl.
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Nous voulons la Révolution Caraïbe. Plus
grande que la Révolution Française. L'unification de toutes
les révoltes efficaces en direction de l'homme. Sans nous l'Europe
n'aurait même pas sa pauvre déclaration des droits de l'homme.
L'âge d'or annoncé par l'Amérique. L'âge d'or.
Et toutes les girls.
Filiation. Le contact avec le Brésil Caraïbe. Ori Villegaignon
print terre. Montaigne. L'homme naturel. Rousseau. De la Révolution
Française au Romantisme, à la Révolution Bolcheviste,
à la Révolution Surréaliste et au barbare technicisé
de Keyserling. On a fait du chemin.
Jamais nous n'avons été catéchisés. Nous
vivons selon un droit somnambule. Nous avons fait naître le Christ
à Bahia. Ou à Belém du Para.
Mais nous n'avons jamais admis la naissance de la logique parmi nous.
Contre le Père Vieira. Auteur de notre premier emprunt, pour
toucher la commission. Le roi-analphabète lui avait dit :
couche ça sur le papier mais sans trop de combines.
L'emprunt a été fait. Le sucre brésilien indexé.
Vieira laissa l'argent au Portugal et nous a ramené les combines.
L'esprit se refuse à concevoir l'esprit sans le corps. L'anthropomorphisme ;
Nécessité du vaccin anthropophagique. Pour contrebalancer
les religions du méridien. Et les inquisitions extérieures.
Nous ne pouvons être disponibles qu'au monde auriculaire.
Nous avions la justice codification de la vengeance. La science codification
de la Magie. Anthropophagie. La transformation permanente du Tabou en
totem.
Contre le monde réversible et les idées objectivées.
Cadavérisées. Le stop de la pensée qui est dynamique.
L'individu victime du système. Source des injustices classiques.
Des injustices romantiques. Et l'oubli des conquêtes intérieures.
Plans de route. Plans de route. Plans de route. Plans de route. Plans
de route. Plans de route. Plans de route.
L'instinct Caraïbe.
Mort et vie des hypothèses. De l'équation, moi partie
du Cosmos, à l'axiome, Cosmos partie du moi.
Subsistance. Connaissance. Anthropophagie.
Contre les élites végétales. En communication avec
le sol.
Jamais nous n'avons été catéchisés. Nous
avons fait le Carnaval. L'indien costumé en sénateur d'Empire.
En Pitt pour de rire. Ou bien dans les opéras d'Alencar (6) plein
de bons sentiments portugais.
Nous avions déjà le communisme. Nous avions déjà
la langue surréaliste. L'âge d'or.
Catiti Catiti
Imara Notià
Notià Imara
Ipeju.
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