15/09/06
en vacillant
katarina. l’homme qui l’avait harcelé
a finalement décidé de partir. elle récupéra
son sac et entra dans un magasin en vacillant. elle voulait avertir
quelqu’un, mais elle est tombée nez à nez sur des
œufs. oui des œufs. son téléphone a vibré.
un message d’un ami s’est affiché. elle aurait voulu
lui dire ce qu’il s’était passé mais elle
est tombée nez à nez sur du porto. elle sorti du magasin
avec des œufs et du porto. elle ne pouvait pas entrer chez elle
comme ça. elle observait la rue, les marches à monter,
elle n’avait pas le courage. il y avait beaucoup de passants,
tous inconnus pour elle, tous affairés, mais personne à
qui parler. elle s’assit sur les premières marches et ouvrit
la bouteille de porto. elle bu au goulot. elle cassa des œufs un
à un, ils s’écrasaient entre ses jambes sur le sol.
ce sont les hommes qui la regardaient. les femmes faisaient comme si
cela n’existait pas. comme si, une femme qui casse des œufs
un à un en buvant du porto au goulot, cela n’existait pas.
un homme lui demanda : « vous avez une cigarette ? » elle
lui répondit : « j’ai eu si peur ». il passa
son chemin. un jeune lui demanda si elle était artiste : «vous
faites une performance depuis combien de temps ? ». elle lui répondit
: « j’ai eu si peur ». le soir, la nuit tombait déjà
en septembre, l’été venait de disparaître
et se diluer difficilement avec l’automne comme une omelette.
elle avait tout bu et dormait de côté sur les marches,
les pieds dans le jaune et le blanc d’œuf. le lendemain au
petit matin, elle se réveilla en sursaut, un chien errant lui
léchait les jambes. elle rentra chez elle, en vacillant.