20/02/05

oïkos seuqramainos


mon taudis
ma hutte
ma tente
mon habitation
ma maison
mon temple
mon logement
mon logis
mon appartement
ma résidence
mon pavillon
ma villa
mon pied-à-terre
mon HLM
ma cité
mon palais
mon palace
mon château
mon hôtel
ma chaumière
mon cabanon
mon isba
mon igloo
ma case
mon bungalow
mon chalet
ma paillote
ma roulotte
ma sphère
ma bulle
mon sein
mon île
mon site internet
mon nom de domaine
mon sans domicile fixe
où que je me trouve
mon cerveau
mon habitacle
mon oïkos
seuqramainos
mon meilleur habit
mon habitacle
mon habitation
mes habitudes
mes manières d’être
mes complexes
ma complexité
ma perplexité
mon origine
mon cosmos
le centre du monde
l’image de l’univers
refuge temporaire
le nirvâna
le noyau
lieu d’élection et d’apaisement
fondation des rêves et des désirs
mon vitriol
là où je suis
où j’habite
je me loge
je me cache

je secrète
en ce lieu
où je demeure
je réside
j’emménage
je déménage
je me situe
cet environnement où je vis
je m’oriente et me désoriente
au pôle nord
au pôle sud
à l’équateur
sur le tropique du cancer
et celui du capricorne
à l’hémisphère nord
ou à l’hémisphère sud
en orient ou en occident
de l’est à l’ouest
du nord au sud
le jour et la nuit
à midi
le matin ou l’après midi
au zénith
au solstice
à l’équinoxe
ma boussole dans un monde
une planète
une galaxie
mais dans mon île virtuelle
j’imagine les possibles
et l’impossible reflet
du mélange des continents
une afrique
un antarctique
une asie
une océanie
une europe
une amérique
le non-choix entre
l’océan et la mer
le littoral et le rivage
cette île
presqu’île
péninsule
baie
golfe
rade
cap
pointe
détroit
isthme

aux paysages et drôles de reliefs
changeants


montagnes
plateaux
plaines
massifs
chaînes
cordillères
aiguille s
falaises
cols
crevasses
tout ce que m’apprirent les géographes
serait rassemblés là où je vis


les vallées, l’adret, l’ubac, les versants,
les pentes, les collines, les buttes,
les volcans, les puys, leurs cratères,
leurs cendres…


j’aspire aussi en ces lieux
la crainte de les voir disparaître
dans mes rêves de tremblements de terre


des séismes, des raz-de-marée
anéantissant toute idée d’atolls et de lagons
ne plus voir leurs récifs, leurs coraux
juste l’érosion…


la perte proche
de mes proches environnements


les forets, les landes, les steppes,
les déserts, les prairies, les alpages

ne plus distinguer les fleuves des rivières
les embouchures des estuaires
les lacs des étangs
les oasis des tsunamis
les glaciers des banquises des icebergs…

alors je rêve encore
je résiste même quand je dors
je vois les couleurs de l’arc-en-ciel

le rouge orangé, le jaune vert,
le bleu indigo, le violet,

puis je mélange ce que je trouve
afin de retrouver ce paradis raconté


retrouver la rouge brique,
le corail, le sang, la tomate,
le lie-de-vin, le bordeaux, le carmin,
l’orangé, l’abricot, la rouille,
le jaune d’œuf, le jaune citron,
la jonquille, la paille, la vanille,
la moutarde, le bouton d’or, l’ambre,
l’ocre, la verte prairie, l’anis,
le vert d’eau, la pomme,
l’olive, la bouteille, l’émeraude,
le bleu électrique, la lavande,
le pétrole, le cobalt, le turquoise,
l’outremer, le ciel de prusse,
le brun, l’acajou, l’auburn, le caramel,
le châtain, le marron, le café,
le chocolat, la terre de sienne,
le blanc nacré, le noir de fumée, le charbon,
le gris, le poivre et sel, le roux,
l’irisé, le flamboyant, le chatoyant,
le mordoré, l’étincelant, le soutenu
le pâle, le clair, le fade, le brillant, le vif…


tout ce dont je me souviens
depuis mon aveuglement
depuis ma naissance
au-delà du voir
j’imagine ici
ce qui ne se pense pas
l’insensé
un lieu dispensé de la vue
un système de pensées
de sensations finement
intermêlées
mon insularité
cette existence
parmi d’autres