27/04/07
z,
anéantissez-moi !
n’hésitez pas une seconde !
votre dévoué.
noir
les journées continuent à s’écouler et ne
pas s’écouler comme elle l’espère. elle attend
le crépuscule et lorsqu’il arrive bien en retard, il lui
expose ses plus beaux mensonges. il est très confiant, son charme
dévastateur lui donne l’assurance qu’il n’avait
pas à sa première rencontre. elle lui consacre ses heures
et ses nuits de doute. il lui apporte le jour dans le noir. ils marchent
ensemble sur les graviers sans faire de bruit comme des magiciens. elle
se retrouve en enfance évoquant des souvenirs de guirlandes colorées
afin de les éclairer. ils déambulent parmi une foule anonyme
qui ne les voit pas. elle se demande s’ils sont des anges ou des
chauve-souris. elle ne lui dit pas le désespoir qui l’accapare
dans le noir car il l’illumine d’un seul regard. elle ne
veut pas mourir un dimanche sans le voir. il lui montre ses serpents,
son énorme pieuvre et ses galaxies pixellisées. ils s’étouffent
par moments jusqu’à plus soif. secs comme des haricots,
ils partent à la recherche d’autres salives fruitées.
remplis de frites grasses, ils sautent dans un train en marche et regardent
par la fenêtre les paysages qu’ils ne pourront jamais vivre.
elle rêve en lui. il lui donne la main et efface les rides de
l’âme. elle n’a pour lui que des douceurs dans son
sac. il y met sa lame tranchante. lorsqu’il disparaît, elle
peut enfin dormir et couper sa vie en plusieurs tranches parallèles.
quelques minutes à peine passées, le jour claque sur elle
son violent signal. il faut qu’elle se réveille. elle se
lève comme si elle n’avait pas fermé l’œil
de la nuit. son ventre la barbouille et son visage cadavérique
lui montre un pâle reflet. la journée s’écoule
et ne s’écoule pas comme elle l’espère. elle
attend le crépuscule. il arrive en avance comme si elle n’avait
rien vu de sa journée. il attend tout d’elle, mais elle
n’a plus la force. elle l’emmène dans un sombre endroit
charmant par la vétusté des murs et les taches d’humidité
qui s’infiltrent sur les motifs de la tapisserie. les fleurs se
déchirent et s’entrelacent dans le fond. elle se sent bien
jamais chez elle. il aime ne jamais être chez elle. il comprend
son parfum de saudade et ne peut rien y faire. il s’enroule autours
d’elle comme s’ils couchaient dans un igloo. enveloppés,
ces nouveaux esquimaux se lèchent sans vergogne. ils déclinent
ensemble. abandonnés au milieu des glaces, leur iceberg commence
à fondre à la fin de leurs ébats. ils font semblant
de dormir en fermant les yeux et regardent leurs plus profondes pensées
sans en dire mot. humides, ils sortent de l’eau qu’ils secrètent
avec leur éponge remplie de manque d’amour. ils se sèchent
à l’air libre.
libres dans le noir.