30/04/07
z.,
retient la vie !
votre nuage
jaune
après plusieurs années de vie commune, à vivre,
survivre, espérer, dépérir, grossir, réfléchir,
elle se retrouve avec tous ses kilos en trop. tant d’années
emmagasinées dans un corps aimant, épousant tous les autres
aimants. elle se déplace le long de la plage, l’écume
se fraye un chemin entre ses doigts de pieds. elle s’avance lentement
dans l’eau sans se poser de question. agile, elle plonge dans
la mer dès que celle-ci atteint ses cuisses. dans son élément,
elle est la plus légère et oublie toutes ses années.
ses courts cheveux châtains feuilletés d’argent se
collent à son crâne comme pour mieux s’accrocher.
elle les jette d’un coup de tête en arrière en éclaboussant
l’infini et la transparence de l’air. elle plonge de nouveau
dans l’eau son festin. elle évacue tous les papiers blancs
inutiles écrits de noir. ils flottent dans l’eau et fondent
en barbe à papa. son maillot jaune d’une pièce est
le soleil de ces aplats bleus. elle a toujours aimé le synthétique
et les formes minimales. il n’est plus là pour elle. les
nuages accompagnent son quotidien. la pluie, l’orage, la neige,
les éclaircis, tous les messages qu’elle peut capter, arrivent
cryptés. elle nage avec lui et lui envoie ses rayons. elle se
souvient l’avoir rencontré dans le train. elle le dévisageait
sans le ménager. il y avait longtemps qu’il ne faisait
plus attention à lui. ses vêtements, son teint, ses chaussures,
ses gestes, avaient oublié l’égard d’autrui,
l’égard des femmes. ses longs cheveux noirs attendaient
le vent. il doutait de sa capacité à dire bonjour. elle
a reçu son silence comme un cadeau. elle lui a demandé
l’heure. il a sorti une arme et lui a tiré dessus. avant
de tomber sur le côté, elle l’a remercié.
il s’est approché d’elle et elle l’a embrassé
en attrapant sa nuque. elle a pris son arme et l’a déchargé.
le reste n’a jamais regardé la police. jamais. les frontières
dépassées, le désamour et les colères ont
bordé une relation furtive, décalée, pleine de
poésie. la grosse funambule n’est jamais tombée.
jamais. elle jette ses cheveux d’un coup de tête en arrière
en éclaboussant l’infini et la transparence de l’air.
elle sort de l’eau d’un long sommeil et s’en va sécher
son maillot jaune.