16/09/07
tant de chance fait peur
la suprême occasion de tenter ma chance avec lui
je supporterais même ses angoisses jusqu’au bout de la nuit
je pourrais me mettre à genoux
lui avouer ma passion
je ne le fis pas
il aurait pourtant accueilli cet hommage
il est de ces personnages
sachant faire briller son plumage
j’ai préféré laisser la situation
s’éclaircir d’elle-même
la suprême occasion de tenter ma chance avec lui
je souhaiterais lui parler en regardant la mer
candide et contemplative
je lui décrirais ce que je vois
des nappes blanches dans un océan bleu
tous ces nuages effervescents
toutes mes papilles réceptives
au moindre geste de lui vers moi
au moindre commentaire tombant
sur le paysage du soleil couchant
nous échangerions certainement sur notre goût
commun
des crépuscules striés de couleurs indécentes
des audaces de ces chaleurs hivernales
rien n'y succomberait
rien
pas même les sourds et muets
les aveugles et les intellectuels
ni les gouttes de sueur
ni la peur
rien ni personne ni aucun mot ne dicterait sa loi
je lui expliquerais que je suis un écrivain
que j’ai toujours désiré vivre dans une île
solitaire
je lui dirais que je suis emprisonnée
condamnée à perpétuité
et que lui seul est ma raison d’être
il prendrait peur
il s’enfuirait et me laisserait son cœur
je le ramasserais et prendrais soin de lui
chaque jour je lui soufflerais de nouveaux mots
je lui ferais ainsi découvrir de nouveaux paysages
afin qu’il ne se sente pas en cage
afin qu’il parte loin en voyage
quand bien même serait-il volage
je prendrais soin de son cœur en otage
quand il reviendra
j’aurai ainsi
la suprême occasion de tenter ma chance avec lui
je supporterais même ses angoisses jusqu’au bout de la nuit
je pourrais me mettre à genoux
lui avouer ma passion
mais
je sais que je ne le ferais pas
je lui expliquerais que je suis un écrivain
que j’ai toujours désiré vivre dans une île
solitaire
je lui dirais que je suis emprisonnée
condamnée à perpétuité
et qu’écrire est ma seule raison d’être
afin qu’il me lise
afin d'être aimée
candide et contemplative
des nappes blanches dans un océan bleu
tous ces nuages effervescents
toutes mes papilles réceptives
sur le paysage du soleil couchant
des audaces de ces chaleurs hivernales
rien n'y succomberait
rien