14/06/06

tendre orage


les filles affichaient leurs poids
appétissantes les filles
les garçons se cachaient sous de amples t-shirts
ils passaient inaperçus

les filles ne savaient plus à quoi ressemblaient les garçons
s'ils avaient des épaules et des tétons
s'ils avaient un ventre et des cuisses
les filles ne le savaient plus

les filles affichaient leurs poids
qu'est-ce qu'elles pesaient les filles !
elles devenaient de plus en plus lourdes
de sorte que l'on ne voyait qu'elles
d'ailleurs elles se regardaient entre elles
de sorte que les garçons n'existaient plus
pourtant ils étaient juste aplatis et informes

les garçons n'avaient pas gagné la guerre
cette guerre là
ils ne savaient pas qu'ils devaient se battre
sur ce terrain là
celui des désirs

les garçons demeuraient voyeurs
sans jamais se voir
ils finirent par passer inaperçus
même entre eux :

"salut !"

"salut ! t'as pas vu une fille ?"

"non ! et toi ? t'as pas vu une fille ?"

"si, si, regarde, en voilà une ! ! ! "

une fille passe devant des garçons très proches
si proches qu'elle pourrait même les toucher
mais en fait elle rejoint une autre fille
et bientôt plusieurs filles sont au même endroit
elles fument ensemble elles comparent leurs poids
certaines les portent tous petits les pois
des pastilles, des gommettes
d'autres en font des tonnes
leurs pois sont gros sans complexe
elles sont toutes fières
les filles ont ce pouvoir là
elles affichent leurs poids

"eh ! t'as pas du feu ?"

demande l'une d'elles à l'un des gars

 

 

sonia marques
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