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Incognito est une série de dessins à l'encre de chine noire de 50x50 cm qui a débuté l'été 2006. Incognito vient de l'Italien et du latin incognitus (inconnu). C'est la situation de quelqu'un qui ne souhaite pas être reconnu ou qui souhaite cacher son identité. Voyager incognito, garder l'incognito comme garder l'anonymat. C'est une personne parmi les autres personae (les masques qui permettent de voir à travers) qui existe, sans se faire connaître. Un paradoxe, une cachette. Existence de proies et de prédateurs. Entre la mimèse, l’art de passer inaperçu et le mimétisme, identité ursupée, l’être vivant jouit de multiples stratégies de survie dans une existence où il est à la fois proie et prédateur. L’animal donne le signal, le signe, le masque. La personne se protège, se cache, se métamorphose. - Être remarqué, ou disparaître dans le décor ? - S’afficher / Se cacher ? Se montrer / S’invisibiliser ? Le monstre / La différence / La ressemblance / La norme / Le logotype. - Attitude offensive ou défensive ? Les dessins sont des signes agressifs ou passifs. Ils sont les armes du prédateur ou de la proie, camouflés, déguisés ou travestis. Les postures ou rictus de guerre apparaissent lorsqu’un danger survient (le jockey, le tigre ou même le panda) Le jockey est un compétiteur parmi les autres. Il a les dents acérées. Nous ne savons qui est-il vraiment, peut-être une tête de mort ? Mais nous misons encore sur lui. D’êtres apparemment paisibles, surgit alors une menace stupéfiante. - Intimidations, mimes de l’effrayant, ruses, tromperies… Autant de stratagèmes de dissuasion. La magie n’est pas loin. Les dessins sont des ex votos, dessinés d'après le vœux, des coups de bluff, des tatouages, des signes chamaniques afin de conjurer la peur. Abstrait : Si l’on prend le dessin de la ville de dés, il s’appelle aussi la ville 2D même si elle représente de la 3D, cela reste une image en 2D, faite de dés. C’est une manière de représenter une cité de chance, où les jeux ne sont pas encore faits, où tout est possible, selon les jetés de dés sur les surfaces des immeubles. Par analogie, le titre masque le dessin et le dessin lui, masque les arrêtes des volumes en 3 dimensions. Les points blancs sont sortis du jeu, de la cité. Dans la série des incognitos, des « ni vus ni connus », où la part d’inconnue est grande, les « m’as-tu-vu » ont aussi une place non négligeable car ils affichent fièrement leur masque. Si la figure est présente, elle ne figure pas une identité en particulier, mais elle « s’identifie à » un dessin, elle prend l’identité d’un autre. La figure ne figure que son concept. Elle n’illustre pas une idée, elle est l’idée. Dans l'uniforme se cache le camouflage social. Dans cette forme unie qu'est la standardisation de notre société se cachent et se créent de multiples identités hybrides. Ce camouflage social offre des clefs, des codes pour coder et décoder à l'infini. Nous vivons une traque quotidienne où la proie et le prédateur jouent à tour de rôle. L’art de savoir conserver ses secrets, dans une société de plus en plus transparente où la traçabilité l’emporte, est une question de survie. Dessiner des subterfuges, des marqueurs d’asocialité, tatouer en noir une feuille blanche carrée à l’encre de chine, est une façon de représenter cet art du secret. Ces dessins sont une sorte d'ascèse. Ils ont pris le temps d'être mûrement réfléchis tandis que leur réalisation ne dure que quelques minutes, sans hésitation. Ils ne rebroussent pas chemin. Il y a d'une part le plaisir de marquer au noir des idées et d'autre part la matérialisation de signes et donc de traces, des passages dans le virtuel et de ses composants hybrides identitaires. Une quête comme une veille sur les mutations de nos états.